Dans la France occupée de 1940, Shosanna Dreyfus assiste à l'exécution de sa famille tombée entre les mains du colonel nazi Hans Landa. Shosanna s'échappe de justesse et s'enfuit à Paris où elle se construit une nouvelle identité en devenant exploitante d'une salle de cinéma. Quelque part ailleurs en Europe, le lieutenant Aldo Raine forme un groupe de soldats juifs américains pour mener des actions punitives particulièrement sanglantes contre les nazis. "Les bâtards", nom sous lequel leurs ennemis vont apprendre à les connaître, se joignent à l'actrice allemande et agent secret Bridget von Hammersmark pour tenter d'éliminer les hauts dignitaires du Troisième Reich. Leurs destins vont se jouer à l'entrée du cinéma où Shosanna est décidée à mettre à exécution une vengeance très personnelle...
Quentin Tarantino, enfant terrible du cinéma d'aujourd'hui, déchaîne depuis ses débuts critiques en tous genres, d'un extrême à un autre. Personne ne peut contredire le fait qu'il laisse une empreinte indélébile sur le septième art, ça c'est certain. Les œuvres de ce boulimique cinéphile sont toujours attendues avec une extrême ferveur par ses fans les plus inconditionnels, fans dont je fais partie.
Jamais une seule fausse note n'a pu entacher le rythme du chemin de réalisateur de Tarantino, que de bons films à la patte bien personnelle, des films de qualité variée c'est sûr, mais jamais bâclés, offerts sur un plateau depuis 17 ans maintenant par un intellectuel de la bobine amoureux du cinéma. Sixième film du bonhomme, Inglourious Basterds, qui trottait dans son esprit en constante ébullition depuis des années déjà, voit enfin le jour. Sans surprise, des critiques extrêmes fusent de toute part dès son passage à Cannes, festival auquel Tarantino n'est pas inconnu depuis Pulp Fiction. Mais le meilleur avis à suivre en matière de cinéma, c'est celui qu'on se forge, surtout dans le cas de ce cher Quentin.
"Il était une fois en France, sous l'occupation Nazie", contexte assez curieux pour un esprit Tarantinien, mais on voit alors que notre ami prend les plus grandes libertés avec l'Histoire, la remaniant selon son bon vouloir, il en résulte un délire jouissif et complètement décalé, sur ce point le cahier des charges QT est rempli. Première séquence du film, ambiance western délicieuse en pleine campagne française. Dialogue aussi poignant qu'amusant entre un Denis Ménochet plus que convainquant dans son rôle de Mr LaPadite et le colonel SS Hans Landa. J'en viens alors directement au plus gros point fort du film : Christoph Waltz, à l'oscar du meilleur acteur bien mérité, alias Landa. Sans doute l'un des meilleurs personnages de l'univers de Tarantino. Il incarne d'ailleurs l'essence même du style : Parfait salopard aussi verbalement charmeur que machiavéliquement déjanté. La véritable icône (ou du moins celle en tête de liste) du film est présentée, et on prend déjà notre pied. Une première séquence qui n'est pas sans rappeler l'échange tendu (pour ne pas dire dialogue à sens unique) entre Jules Winnfield et Brett au début de Pulp Fiction. Une première séquence qui marque le style, et qui finit en apothéose (mais tachons d'éviter trop de spoil). Une première séquence qui nous plonge de plein fouet dans la seconde guerre mondiale revue et corrigée par Tarantino.
Nous faisons ensuite la connaissance des Basterds en question, qui occupent finalement une place secondaire dans la trame (halala, ces gentilles bandes-annonce mensongères). La revanche offerte aux Juifs par un scénario astucieux, un Commando impitoyable qui offre son lot de scènes gores à l'ensemble, sans jamais verser dans l'excessif bien sûr. Des types tellement horribles avec leurs victimes qu'on éprouve au moins autant de sympathique pour eux que pour les Nazis qui croisent leur chemin. L'art d'éviter le manichéisme avec brio, grâce à une galerie de personnages tous plus endiablés les uns que les autres dans leurs entreprises. À la tête des Basterds : Le formidable Brad Pitt, que je me surprends à aimer de plus en plus ces derniers temps, dans le rôle d'un Lieutenant Aldo Raine culte rien que par son accent et la tête d'ahuri qu'il tire pendant tout le film, suivi de près par l'incroyable Eli Roth, alias Donnie l'ours Juif, peut-être le personnage le plus «fun» du film, avec sa batte de base-ball et son regard de psychopathe plus qu'expressif consacré dans une séquence de dégommage de Nazi à la batte intense de par sa violence (la mise en scène de son entrée est particulièrement efficace). Le Sergent Hugo Stiglitz campé par le mal-exploité-sur-les-écrans Til Schweiger, probablement mon Basterd favori, peu de répliques à son actif mais rien que la petite séquence biographique sanglante dont il est le privilégié le rend... cool et attachant. A eux trois, un bel aperçu de la barbarie des Basterds.
Sur l'ensemble du Commando Basterd ce sont à peu près les seuls qui bénéficient d'un traitement plus ou moins développé. Viens ensuite la belle Mélanie Laurent alias Shosanna Dreyfus, au jeu correct dans l'ensemble sans être transcendant, figure emblématique de la femme forte ivre de vengeance et de pouvoir sur l'homme, chère à QT depuis Jackie Brown. L'histoire du film repose en grande partie sur son personnage, et sur la relation qu'elle entretient avec le soldat Fredrick Zoller (Daniel Brühl), soldat Nazi décoré, et étrangement sympathique. Une relation ambiguë qui aboutit sur une image forte et très poétique, du grand art <3. Viennent en troisième lieu les alliés des Basterds, agents infiltrés Bridget Von Hammersmark (magnifique Diane Kruger et son accent craquant) et Lieutenant Archie Hicox (Michael Fassbender que j'apprécie beaucoup depuis 300 et Eden Lake), deux personnages peu présents à l'écran mais au jeu irréprochable et à la tendance sympathique. Je passerai rapidement sur le caméo savoureux de Mike Myers, la caricature désopilante d'Hitler par Martin Wuttke ou la voix off discrète de l'immense Samuel L. Jackson.
Le film se construit sur ces personnages hauts en couleur, mais pas uniquement. Quentin Tarantino maîtrise sa narration de bout en bout comme son cadre. L'ambiance est solidement bâtie, de chaque panneau publicitaire vu dans les rues d'une Paris occupée aux vêtements portés par les protagonistes, on rentre de plein gré dans un Western totalement décomplexé en pleine seconde guerre Mondiale. Tarantino nous montre évidemment encore une fois l'étendue de sa culture cinématographique à travers de nombreuses références aux grands cinéastes d'époque, ainsi que dans sa mise en scène. La musique du Maître Ennio Morricone aide énormément, assez curieuse au premier abord dans un pareil contexte, elle s'intègre ensuite parfaitement dans l'œuvre, et dans nos oreilles, tout comme des thèmes déjà familiers ou d'autres morceaux musicaux à la bonne place au bon moment. Le mélange des langues aussi hétéroclite est un pari osé de la part de QT, mais un bon point énorme pour l'ensemble de l'œuvre, la rendant plus immersive, plus crédible et servant tout aussi bien les enjeux du scénario. De plus, cela flatte visiblement les talents de polyglotte du génial Christoph Waltz. Une raison de plus pour privilégier une bonne VO impeccable d'un bout à l'autre.
Les scènes de dialogues sont certainement les plus longues jamais vues dans un Tarantino, mais sûrement aussi les plus intenses. Malgré le quota d'action très peu élevé du film, on ne s'ennuie pas du tout pendant tout de même 2h30 (chose que j'aurai aimé retrouver dans un Death Proof pourtant plus court). Des séquences comme celles de la Louisiane ou la confrontation Landa/Shosanna, Landa/Raine, Shosanna/Zoller, Raine/Sgt. Rachtman sont destinées à devenir cultes selon moi. Des séquences qui évoluent très lentement, une tension palpable qui ne cesse de grandir mêlée à des dialogues jouissifs et un humour décalé, pour le plus souvent finir dans une brève explosion d'action de violence Tarantinesque. C'est ça Inglourious Basterds. Un film qui atteint son paroxysme dans un final époustouflant, aussi surprenant que jubilatoire, aussi explosif que dément. Et enfin, une toute dernière séquence qui clôt on-ne-peut-plus dignement ces 2h30 de pur bonheur cinéphile, avec une dernière réplique significative : "This might be my Masterpiece"