La fin de tout éveil et de toute raison marque le début de son périple dans un monde inconnu et hostile. La nuit succède au crépuscule, l'aube succède à la nuit, et pourtant tous forment un ensemble unique et parfait. La rosée du matin peint une atmosphère, une aquarelle sur le paysage qui l'entoure. Et tout ce qui l'entoure, tout n'est que nature, aussi éphémère qu'éternelle, sans la moindre présence humaine. Mais au fur et à mesure que le temps passe et qu'il progresse dans cet endroit mystérieux, la rosée annihile la couleur de tout ce qui l'entoure. Comme une peinture se dégraderait à cause de gouttes d'eau glissant le long de sa toile, les herbes, les arbres, les buissons, les rochers et les plantes ici présentes semblaient pleurer leur couleur.
Rapidement, le paysage adopte des tons blancs, noirs et gris. Il continue sa route, malgré une atmosphère toujours plus menaçante. Le sentier s'offrant à lui est sinueux, et long, tellement long qu'il disparaît à l'horizon, désirant dissimuler son vrai visage sous l'obscurité. La route devient de plus en plus éprouvante, elle semble s'élever. Autour de lui, des arbres et des buissons. Cette pente est graveleuse et semée d'embûches. Il désire quitter cette route et prendre par cette forêt noire qui entoure le sentier. Il a peur, et il est excité à la fois. Il désire s'aventurer vers l'inconnu, sans savoir où il va, ni quel but il cherche à atteindre. L'orage éclate. Les coups de tonnerre ne parviennent pas à masquer le son de la pluie s'abattant sur le sol, et les éclairs ne réussissent pas à éclairer un peu plus les lieux. Il se fond lentement dans l'ombre, et sans bruit.
Il évolue au milieu d'arbres gigantesques, tels que leur sommet se confond avec ces nuages grisâtres. De vieilles et imposantes racines et des buissons sombres et épineux obstruent son avancée. Il parvient malgré tout à se libérer de l'étreinte de cette inquiétante forêt, et débouche sur une large vallée qui semble arborer un immense cimetière d'épées, toutes de taille et de forme différente. La pluie se fait moins violente, le son de ses gouttes s'atténue. Le vent, léger mais influent, semble composer une mélodie métallique en effleurant la garde et la lame de chacune de ces armes plantées dans un sol de hautes herbes. Le jeune garçon déambule à travers ces lames sans plus aucune âme, sans porteur. Il les frôle du bout des doigts à son passage. Une fois hors de ce sanctuaire, il voit une immense montagne se dressant face à lui.
Sans plus attendre, il gravit la roche de cet imposant monolithe. Le vent semble lui être favorable cette fois, le poussant un peu plus vers le haut à chacun de ses mouvements. L'orage lui, gronde de plus en plus ardemment, et exprime sa colère. La pluie ne cesse de dessiner les formes de son visage levé vers le ciel et affaiblit ses mains qui tentent tant bien que mal de s'accrocher aux parois rocheuses. Mais contrairement à ce qu'il croyait, il atteint rapidement le sommet de cette montagne. Les différentes enveloppes de ce monde, terre, air et ciel, sont maintenant en dessous de son être. Il admire les nuages qui se présentent sous ses pieds, au bord de cette falaise qui ressemble curieusement au plongeoir d'une piscine sans fond. Il lève encore une fois les yeux vers ce qui reste au dessus de lui, et découvre une flamme, une flamme d'un rouge vif transformant la couleur de tout ce qui pouvait encore entourer le jeune garçon, roche, nuages, et son propre corps.
Il s'avance en tentant de la saisir à pleine main. Il y arrive presque, il sent son doigt frôler sa chaleur. Mais la flamme malicieuse disparaît en un instant. Tout redevient alors gris. Il étouffe, se rend enfin compte qu'il ne peut plus respirer de là où il se trouve. Il avance lentement le long de ce plongeoir s'offrant à lui. Il se laisse abandonner au vide sans fond apparent, transperçant et tuant les nuages de son être. La terre se découvre enfin sous sa chute, elle semble l'accueillir, de plus en plus proche. Les herbes, les arbres, les buissons, les rochers et les plantes ici présentes, tous appellent le jeune garçon à retourner à la terre. Tous de plus en plus denses et détaillés à ses yeux.
Il est sur le point de toucher le fond. Mais il se réveille.